A 00h30, le 25 avril 1974, Vasconcellos, animateur de radio renaissance, lit quelques vers de Grandola, une chanson populaire qui parle de fraternité, c'est le signal de l'action pour les militaires du "Mouvement des forces armées" (MFA). Ce groupe de jeunes capitaines de l'armée portugaise se soulève contre la dictature de Salazar, au pouvoir depuis 48 ans. Juchés sur de vieux chars, ils s'emparent des points stratégiques de Lisbonne. Les Lisboètes accueillent avec enthousiasme ces jeunes militaires. Une foule énorme se retrouve dans le centre-ville, notamment près du marché aux fleurs, qui se tient en ce 25 avril 1974. Les ½illets y sont en pleine floraison et quelques soldats en mettent dans le canon de leurs fusils. Ils deviennent vite le symbole de la révolution (d'autres versions existent au sujet du choix des ½illets comme emblème de l'insurrection).
Un souffle de liberté souffle enfin: journaux, tracts, sévèrement censurés jusque là, fleurissent. Le 1 er mai, l'évidence s'impose, il ne s'agit pas d'un putsch militaire qui ne viserait qu'à instaurer un nouveau régime autoritaire. Caetano, qui avait succédé en 1968 au dictateur Antonio Salazar, victime d'une attaque cérébrale (1970), est mis dans un avion avec un aller simple pour le Brésil. Seule la PIDE, la terrible police politique de Salazar, tire des coups de feu sur les manifestants qui commencent à encercler leur base, ils font plusieurs morts et quarante-cinq blessés, les seules victimes de cette révolution.
Les rues de Lisbonne noires de monde.
Le régime de Salazar impose un régime autoritaire très anticommuniste, fondé sur le nationalisme. Les libertés essentielles sont bafouées et la répression s'abat sur tous les opposants potentiels.
Après quelques mois de turbulences, le pays va pouvoir reprendre sa place parmi les démocraties européennes, délaissée un demi-siècle plus tôt.